Maman à 40 ans

Aujourd’hui, une rencontre, celle de Morgane, heureuse maman de 3 enfants : le pruneau, la prune et tout récemment la petite prunelle (de ses yeux) arrivée à l’aube de ses 40 ans. Une famille que vous connaissez déjà surement via le très joli blog la Châtaigne où l’on parle de l’enfance avec poésie, délicatesse et beaucoup d’amour. Merci Morgane de nous avoir ouvert les portes du Châtaignier avec tant de gentillesse et de sincérité.

Voilà deux mois que je suis (re)devenue maman.

Je l’étais déjà bien sûr : mes deux aînés, je les ai eus à 27 et 29 ans. J’en ai 39 aujourd’hui. Alors avoir un autre bébé, dix après, c’était pour moi une véritable aventure. Une amie a cette jolie formule disant que chaque naissance nous aide à découvrir un peu plus qui nous sommes… j’allais réapprendre ce qu’est un bébé, redécouvrir la maternité et vivre des choses dont je ne me savais pas capable !

Quand j’ai eu mon aînée, je suis passée par ce que beaucoup de femmes connaissent sans le dire : une dépression post partum. Je me souviens des premiers jours à la maternité : je pleurais très souvent, je me sentais démunie, nulle, incapable de m’occuper de ce tout petit être qui dépendait entièrement de moi. J’ai tenté de donner le sein, sans immense conviction. Ça s’est très mal passé, j’avais des crevasses monstrueuses qui me faisaient atrocement souffrir. Je gardais mon bébé au sein pendant des heures en serrant les dents, jusqu’à ce que l’auxiliaire de puériculture me prenne en pitié et m’explique qu’un biberon donné sereinement valait mieux que le sein donné en pleurant de douleur et d’inquiétude. J’ai laissé tomber l’allaitement en poussant un immense « ouf » de soulagement et suis passée au biberon avec bonheur. Le retour à la maison s’est fait simplissime : le papa, assez présent, prenant le relai la nuit. J’ai trouvé du travail au bout de 3 mois, laissant mon bébé deux, puis trois jours par semaine à sa mamie, qui se trouve être, comble de chance, ancienne puéricultrice… bref, j’étais «à la cool » ! Tellement cool que j’ai « remis ça » peu de temps après, donnant naissance à mon petit garçon fin 2002, sans aucune appréhension, et ne me posant même pas la question de l’allaitement au sein : le biberon allait de soi.

A ce moment là, vivant mes dernières années de vingtaine en m’accrochant à ces reliquats de jeunesse que sont les sorties entre amis, les soirées et les fêtes arrosées, j’avais beau adorer mes enfants, je me voyais mal passer mes journées enfermée à la maison, un bébé toujours dans les bras (c’était même parfaitement inconcevable). Et j’étais intimement convaincue que maternité et liberté devaient aller de pair. En ce qui me concernait, être une maman épanouie c’était avant tout être une femme épanouie, et pour cela, je devais rester libre de mes mouvements et tournée vers l’extérieur. Une mère, oui, mais une femme avant tout. J’assume parfaitement ce point de vue de l’époque, j’avais 27 ans (29 pour le deuxième), beaucoup de choses à découvrir encore et je pense avoir fait les meilleurs choix pour eux et pour moi, à ce moment-là (il faut dire que j’étais par ailleurs très maternelle et attentive. Et quand j’étais avec eux, c’était pour ce que l’on appelle du temps de qualité, ne ménageant pas ma disponibilité, qui était totale. Bref : une maman comme toutes les mamans).

Dix ans s’écoulent, nous vivons désormais dans un coquet pavillon de banlieue. Entretemps, j’ai ouvert mon blog, monté mon entreprise, découvert tout un univers professionnel et social, géré les entrées à la maternelle, au primaire… puis au collège (gasp !), les activités artistiques et sportives, vécu 10 étés en famille, reçu moult colliers de nouilles, lu des milliers d’histoires du soir et partagé des millions de câlins… je ne suis clairement plus la même personne. Et pas non plus la même maman : mes enfants ne donnent plus la main pour traverser, ils écoutent Nirvana et plus Anne Sylvestre, portent des Converse et passent des heures sur skype avec leurs copains.

Début mars 2012, j’ai 39 ans et je découvre que je suis enceinte. Ce troisième enfant, nous l’avons désiré, et tant attendu depuis 3 ans. Il ou elle est là, grain de riz bien installé au creux de mon ventre, et je couve comme une mère poule qui n’espérait plus. Je découvre avec soulagement que l’amniocentèse n’est plus systématique passé 38 ans, moi, phobique des aiguilles. Heureusement, la nuque de l’embryon est parfaite et le test sanguin, excellent : pas d’ « amnio » pour moi ! Je conserve une petite appréhension malgré tout (est-ce un effet de l’âge ? ce fut ma grossesse la plus angoissée). Mon suivi de grossesse est normal, pas de diabète gestationnel, pas d’hypertension… je prends même moins de poids qu’à 27 ans ! Il faut dire que je ne démarre pas avec le même poids de départ, alors je me surveille…

Fin novembre 2012, dix ans après mon dernier accouchement, je me dirige vers la maternité avec ma valise mais sans soutien-gorge d’allaitement, sans coupelles ni coussinets. Sans rien du matériel préconisé pour les mamans souhaitant allaiter ! Oh, bien sûr, j’ai un peu regardé, dans les rayons puériculture, en rachetant bodies, langes et autres thermomètre de bain. J’ai comparé les soutiens-gorges, me suis renseignée sur les tire-laits, la crème Lansinoh, etc. Mais j’étais si sûre que je n’allais pas pouvoir allaiter, cette fois-ci encore ! Alors je n’ai rien acheté… peut être un peu par superstition, aussi. Parce que pendant ces dix années, j’ai mûri, et j’ai réalisé que même si l’allaitement ne me semblait toujours pas « pour moi », et bien j’avais quand même une pointe de regret de ne pas avoir vécu cette expérience dont tant de mes amies vantaient les mérites.

Mon troisième enfant, une adorable petite fille de 3,5kgs, naît le lendemain soir, et après la merveilleuse première heure passée en peau à peau (une pratique qui n’existait pas dans ma maternité, il y a 10 ans…), la sage-femme me demande : « on fait une mise au sein, pour voir, ou finalement vous ne voulez vraiment pas tenter ? » A cet instant-là, cet instant tant redouté où je devais prendre une décision - passer au biberon, être sereine mais le regretter plus tard ou alors tenter l’allaitement et sans doute revivre ces heures de dépression et de douleur folle – je pouvais vraiment basculer d’un côté ou de l’autre. J’ai ouvert la bouche et balbutié : « on essaye ! ». Je crois que pendant 9 mois, j’ai su que j’essaierais, tout en faisant semblant de ne pas en être sûre.

Deux mois et demi plus tard, j’allaite toujours, et je me penche avec un certain amusement attendri sur ces premiers jours difficiles, au cours desquels je répétais à qui voulait l’entendre que j’allais « tout arrêter et passer au biberon » ! Le premier jour, parce que ça faisait trop mal, le deuxième, à cause de la fatigue, le troisième, parce que mon bébé perdait soi-disant trop de poids, le lendemain parce que la montée de lait m’a mise KO, etc. J’ai pleuré, beaucoup pleuré, mais je n’ai jamais laissé tomber. Je suis avec ma petite puce jour et nuit depuis deux mois, et nous vivons en parfaite symbiose. Peut être parce que c’est ce qu’on appelle un bébé « facile » -elle digère parfaitement, ne souffre pas, dort la nuit…- je me sens totalement sereine.

Bien sûr, la fatigue est grande. Difficile de savoir si cela vient des dix ans de plus ou de l’allaitement exclusif, qui laisse le soin de notre bébé à ma seule charge. Je cherche souvent mes mots, ma mémoire flanche parfois de façon spectaculaire et l’hiver froid et humide ne m’aide sans doute pas à me sentir très en forme. Il y a douze ans, j’avais retrouvé la ligne en deux mois et je trottais partout avec mon aînée dans son porte-bébé. A 40 ans (moins des poussières…), mon tour de taille reste bien épais et je manque singulièrement d’énergie. Reste que j’ai une approche différente des priorités : je ne repasse plus et laisse les grands ranger la cuisine, par exemple. Et le soir, je suis raisonnable : je m’endors avec les poules, sachant que vers minuit, il faudra déjà me relever…

Nous n’avons été séparées en tout et pour tout que trois fois une heure, et elle passe presque tout son temps dans mes bras. Je suis sur un nuage, elle me fait rire, elle m’émeut, elle me bouleverse, elle est mon univers.

Non, je ne suis plus la même, et je remercie chaque jour la vie pour ce cadeau si précieux : mon bébé, mais aussi la maturité pour vivre cette dernière maternité différemment de tout ce que j’ai connu, en lâchant tout, en donnant tout, pour voir le monde, au moins quelques temps, dans le reflet de ses yeux.

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48 commentaires

  1. Magnifique portrait de mère et de femme …

  2. hakamiah

    comme c’est beau et poétique!un magnifique portrait de maman :)

  3. Aline

    Merci pour ce très beau et émouvant témoignage. Je viens tout juste d’accoucher de mon premier bébé alors certains passages me parlent. Et puis comme j’aimerais en avoir trois, peut-être qu’un petit dernier à 40 ans viendra agrandir la tribu!!

  4. Un délice d’émotion et de sincérité!
    On en remettrait presque le couvert… :o)

  5. Merci pour ce très bel article, magnifique !

  6. Je crois que c’est la première fois que je ressens autant d’émotion en lisant un message sur un blog. C’est tellement bien dit. Ton message me parle, j’ai
    30 ans et mon bébé a 4 mois… Je me reconnais un peu dans ta première vie de maman.
    @bientôt et plein de bonheur

  7. Des lignes si touchantes que j’en suis tout émue, les larmes ne sont pas loin. Tu as su si bien mettre des mots sur notre vie de femmes devenues mères. Je te suis de loin depuis des années et je retrouve dans ton texte ce qu’il transparaissait dans ton blog… Merci!

  8. C’est très émouvant, et je me reconnais dans plusieurs aspects de ce témoignage, notamment l’allaitement, qui pour moi a échoué aussi les deux premières fois. Ma 3ème fille a elle aussi presque 3 mois et je l’allaite toujours. Une grande victoire…

  9. Em

    Un récit intéressant, sincère et touchant …On aurait bien envie de savoir où en sera Morgane d’ici quelques mois….

  10. C’est un tres beau portrait!

  11. Lapoule

    Merci pour ce très beau témoignage qui donne envie de refaire des bébés!!

  12. Très joli… j’en ai les larmes aux yeux… ma numéro 3 à 36 ans, la seule pour laquelle j’ai réussi l’allaitement… un vrai bonheur… C’est vrai qu’on est différente, l’âge, la sensibilité plus à fleur de peau… En tout cas un bébé 3 auquel on est plus attentive, plus dans le maternage aussi…

  13. Très émouvant… Je rêve d’un dernier bébé de cette même façon… Merci pour ce beau témoignage…

  14. Nanette vitamine

    Ton témoignage est tellement proche de ce que j’ai ressenti, à la fois maman pour la première fois à 29 puis à 39, que je me demande si ce n’est pas une généralité ?
    A 29, on vite reprende la vie d’avant avec le bébé qui suit. A 39 (40 on va pas chipoté, mon fils est né 2 semaines avant mes 40 ans) je me suis calqué à ses désirs, il a tété, il a mangé à chaque fois très facilement. Il a 4 ans, il joue à coté de moi, je le regarde et je ne regrette pas ce bébé, ce petit dernier, si facile, si adorable, si drole. Merci Morgane pour ce partage et continue comme ca !

  15. Merci beaucoup à toutes les lectrices de Lait Fraise pour cet accueil chaleureux <3

    • Lait Fraise

      Merci à toi Morgane pour ce portrait tout en simplicité et émotion et qui parle à beaucoup de mamans et de femmes.

  16. Merci pour cet article et ce très beau témoignage.

  17. Quel bel article ! Il résonne très fort en moi….. Peut-être parce que moi qui ait une Plume de 3 ans et demi et un Plumeau de 7 mois, je rêve d’avoir une Plumette dans quelques années !

  18. Quel beau récit…( j’en ai les larmes aux yeux! ) et qu’elle commence bien cette histoire entre vous ♥

  19. lyjazz

    Je confirme : le manque d’énergie vient de l’âge…
    En connaissance de cause puisque j’ai eu mes 2 enfants à 40 et 41 ans.
    Et que je vois mes amies, celles dont les enfants ont l’âge des miens, des trentenaires souvent, bien plus énergiques que moi.
    Mais je ne fais pas mon âge non plus : les enfants jeunes gardent jeunes !
    Et les 2 premières années risquent d’être un peu difficiles, mais vraiment compensées par l’expérience et la maturité.
    Belle sérénité et chouette expérience !

  20. pascale m.

    Magnifique texte assorti de magnifiques photos. Nous sommes bien dans l’univers si poétique de madame Chacha :-)

  21. Très joli et très émouvant témoignage.

  22. J’ai 30 ans et je suis maman d’ 1 chérie et 1 chéri qui a tout juste 3 mois. Ton témoignage me parle, beaucoup… Je suis actuellement fort partagée entre ce besoin de liberté comme tu dis toujours présent, et pourtant c’est tellement beau cette pause dans nos vies à 100 à l’heure et de voir le monde à travers les yeux de son bébé pendant quelques semaines / quelques mois…

  23. Très beau billet, un réel plaisir de découvrir cette maman, une belle personne !

  24. C’est beau, c’est vrai et ça va droit au coeur. Merci pour ce touchant témoignage!

  25. Magnifique billet <3
    Quand je lis ce genre de billet, je n'arrive vraiment pas à ma dire que c'est fini, que je n'aurai plus d'enfants. Je me dis qu'à l'approche des 40 ans, mon homme et moi aurons peut-être envie d'un autre enfant, même si les aînés ont 16, 15 et 9 ans.
    Enfin, j'ai encore 7 ans pour y penser ;)

  26. Val

    Très joli témoignage.
    Merci Morgane;-)

  27. Bonjour ! Je me retrouve entièrement dans votre témoignage, maman à 29ans et 32 ans de 2 adorables filles (qui ont maintenant 11 et 14 ans), j’ai eu la joie d’accueillir à 39 ans et des poussières mon 3ème enfant, un garçon, qui a maintenant 3 ans… Que du bonheur ! (de la fatigue aussi mais les satisfactions et les joies l’emportent…). Je vous souhaite plein de belles choses… : )

  28. bon ben voilà, je fini de lire ce billet en pleurant car cela évoque ce que je viens de vivre ces derniers avec ma mini n.2 à la veille des mes 40 bougies. cela m’émeut évidement, ces moments sont tellement forts.
    merci pour ce témoignage attendrissant <3

  29. Mérot

    Je pleure devant ton récit plein de vie!

  30. Super beau témoignage!! Bon, ça me laisse de l’espoir pour l’allaitement pour un éventuel 3eme… pareil ici, je n’ai pas allaité mes 2 premiers (enfin, j’ai essayé, 4 jours… chacun hein!!).

  31. Karya

    Un très beau témoignage. Cela m’a beaucoup émue.

  32. Amandine

    très beau…!merci

  33. wahou ! c’est si jolie et si doux. Merci.

  34. cynthia

    Bonsoir,

    Merci pour ce fabuleux temoignage qui m’a mis les larmes aux yeux…

    Cynthia

  35. Très beau témoignage.
    J’ai eu ma première fille à 41 ans et avec le bonheur de l’avoir allaitée jusqu’à ses 6 mois. Ce furent des moments très doux partagés avec elle et dont je me souviens avec beaucoup de nostalgie. L’allaitement fut comme une évidence et j’ai eu la chance que tout se passe très bien dés le départ.
    Tout comme le portage car je l’ai porté en écharpe durant de nombreux mois. Je me souviens de toutes ces fois où je la sentais contre moi lorsqu’elle dormait ou lorsque éveillée, elle était très attentive au monde qui l’entourait.
    Tout cela passe si vite !

  36. Que d’émotion dans cet article… magnifique ça va pousser des parents à refaire des bébés ! chaque grossesse ou naissance sont différentes et encore plus avec l’âge je pense. Bravo et profitez bien de ce petit bout.

  37. Mélanie

    Magnifique…
    Merci !

    Melanie

  38. émue … merci pour ce partage si sincère et touchant … ça donnerait presque envie de tenter le petit troisième dans cette saison où nous sommes plus sereines …

  39. Tu me donnes (presque) envie d’avoir un p’tit 3ème (alors que mon aînée est au collège en 4ème..) ! Presque!!!!

  40. M

    Beaucoup d’émotion à la lecture de votre témoignage… 40 ans dans quelques mois et une petite fille arrivée par surprise après 3 grandes soeurs dont la dernière a 6 ans. Un merveilleux cadeau de la vie et cette fois encore, l’immense bonheur de l’allaitement. Profitez bien!

  41. Très bel article qui destygmatise à la fois l’allaitement et le biberon ! Il n’y a pas qu’un seul choix et Morgane le prouve. L’essentiel étant de se sentir épanouie pour soi et sa famille. Bienvenue à cette petite merveille de douceur et belle vie à 5 ;)

  42. distel Ghislaine

    Je reste touchée et attendri par votre texte. Très belle
    déclaration d’amour envers vos enfants…bonne route.

  43. Barbara

    Merci pour ce très joli témoignage! J’ai 39 ans et vais accoucher d’un petit garçon dans la semaine (normalement..) après deux filles, une de douze ans et une de quinze ans !! Alors voilà ça me parle d’autant plus que j’espère un allaitement réussi et épanoui cette fois-ci ..

  44. Mel

    Les larmes aux yeux ! C est magnifique !

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