Maman de triplés

Camille, maman de Paul, Louis et Théo, 5 ans dans un peu plus d’une semaine…

Lait Fraise : commençons par le commencement, ça vous a fait quoi quand on vous a annoncé que vous attendiez des triplés ?

Après 4 ans ½ de dur combat, de médecins en médecins, de traitements laborieux, et enfin, LE médecin qui allait changer toute ma vie qui s’est avéré être un vrai sauveur… je suis tombée enceinte. Le problème des « infertilités inexpliquée (pour mon cas) » est de véritablement trouver le bon médecin qui va apporter de réelles solutions même si à un moment on pense qu’il n’y en aura plus… Et puis après plusieurs désillusions plus ou moins douloureuses, un jour la magie opère et puis vient le jour de la première écho, plein de doutes, d’appréhension et de peur…
Un petit point qui clignote, à côté un autre petit point qui clignote (« voilà le deuxième ! » m’a dit le médecin) et en insistant je l’aide à trouver en dessous le troisième petit point qui clignote (« et bien voilà le troisième ! »). Et là, c’est un sentiment inexplicable qui mêle un immense bonheur et une bien grande peur malgré tout. Je tiens à ajouter, et toutes celles qui ont (eu) un parcours de PMA pourront le confirmer, ces protocoles sont très rigoureux et médicalement limités… Je pense souvent au médecin qui m’a permis d’être maman et je serai éternellement reconnaissante à la vie de l’avoir mis sur ma route.

LF : et comment s’est déroulée votre grossesse ?

Tout d’abord, je précise que le rôle des gynécologues est d’informer les parents de la réduction embryonnaire dès qu’il y a 3 embryons au minimum. La très grande joie est tout de suite suivie par cette information qui parait tellement contradictoire… Mais il est vrai qu’avoir des triplés doit être un choix bien réfléchi. Cela engendre un changement de vie radical à tous points de vue. Pour notre part, à moi et au futur papa, le choix était déjà fait et à aucun moment, depuis le jour où j’ai appris que j’étais enceinte, je ne l’ai regretté.
S’agissant de la grossesse proprement dite, elle a été véritablement différente d’une grossesse « classique » : un suivi médical très poussé et très régulier, un ventre de 6 mois à 3 mois ! et un alitement dès le 5ème mois pour moi qui dura 2 mois jusqu’au jour de la naissance très prématurée à 29 SA. Je n’ai pas été sereine un seul jour de ma grossesse : tellement de peurs. Je ne me suis jamais projetée avec les 3 tout le long de ma grossesse (et même après d’ailleurs). Avoir des enfants, y avais-je droit moi finalement ?

LF : et quand ils ont été là, auprès de vous et de leur papa, qu’avez-vous ressenti tous les 2 ?

Je n’ai pu voir ces 3 petites crevettes qu’à leur 2ème jour de vie (dure césarienne). Tellement difficile de réaliser qu’ils sont là, que ce sont MES enfants. S’en sont suivies d’autres angoisses, celles d’un parcours de 2 mois de soins intensifs, réa et néonatalité, des journées passées à l’hôpital du matin jusqu’au soir… Mais aussi 2 mois pour apprendre à se connaitre, à palier les éventuelles failles, toujours épaulés par une équipe médicale extraordinaire et humainement très dévouée. Nous avons eu la chance de « grandir » avec eux pendant ces 2 mois. Depuis le premier jour de ma grossesse, nous avions appris à vivre au jour le jour de façon à éventuellement se protéger au cas où… même si nous ne pouvions plus l’imaginer… Ces 2 mois m’auront en tout cas permis de me remettre plus sereinement de ma césarienne et de dormir un peu en prévision de la suite…

LF : une fois les risques vitaux dépassés, le quotidien avec 3 enfants nourrissons, ça se passait comment ?

Nous avions insisté auprès de l’hôpital pour faire une sortie en HAD (hospitalisation à domicile) afin de ne pas nous sentir trop seuls et surtout avoir un suivi « médicalisé » une fois rentrés à la maison. Les premiers mois ont été bien difficiles, surtout à cause du manque de sommeil (nous dormions 1 à 2h par nuit par tranche de 15/20mn).
Et très vite une organisation sans failles à instaurer!
Je crois que les premiers mois à la maison ne nous ont même pas permis de réfléchir à quoi que ce soit. Nous étions pris dans ce rythme effréné. Tout comme ma grossesse, nous n’avions malheureusement pas le temps de profiter non plus de nos enfants comme on aurait voulu le faire ! Les biberons s’enchainent, les changements de couches, les lessives, les bains, puis les biberons, les couches… et pas de temps pour les câlins véritablement.
Pour ma part je n’avais pas de famille pouvant m’aider (juste ma maman, heureusement…) et c’est pourtant ce dont on a le plus besoin. La Caf nous avait alloué des heures avec une travailleuse familiale mais c’est bien peu par rapport à ce dont on avait vraiment besoin.
Les 3 premiers mois ont été bien difficiles : prendre ses marques, organiser sa vie à la maison à 5, et puis ils ont enfin fait leurs nuits :) ce qui nous a permis de dormir un tout petit peu plus ! J’ai ensuite pris un congé parental pour profiter de mes enfants mais surtout ne rien louper, pas même  une seconde de tout ce qu’ils avaient à me donner… Et même si de temps en temps j’ai souffert de cette vie en autarcie, je ne le regrette pas.

LF : et le couple dans tout ça ?

Fort dans sa tête, fort dans son couple sinon c’est direct dans le mur !

LF : vos enfants, vous les percevez comme un groupe ou comme des individus bien distincts ?

Dans notre cas c’était plutôt facile dans la mesure où ce sont des triplés dizygotes. Ils ne se ressemblent pas et sont différents à de nombreux  points de vue. Notre volonté, et ce avant même qu’ils soient nés, était de les différencier à tout prix. Ils n’ont jamais été habillés pareil. Ils partageaient déjà tellement de choses en commun, dont une seule maman et un seul papa. Grandissants, nous avons pu remarquer que l’essentiel problème était de s’affirmer et de faire sa place au sein de la fratrie en tant que personne à part entière.

LF : le temps passant, comment la famille évolue-t-elle ?

Chaque époque a son bonheur, mais je dois dire que nous apprécions vraiment notre vie de maintenant. Nous partageons beaucoup de choses ensemble, les échanges sont tellement plus enrichissants (surtout pour papa). Pour ma part, j’ai apprécié toutes les périodes malgré les nuits difficiles et l’enfer qu’ils nous ont fait vivre pour acquérir la propreté !!! ce qui nous a valu une rentrée en 1ère année de maternelle bien retardée ! Ils ont bien grandi, ont délicatement abandonné leur langage de triplés pour se « conformer » mais restent très liés et d’une solidarité incroyable. Ils sont désormais autonomes, ont chacun leur chambre donc un monde propre, je pense nécessaire à leur épanouissement personnel. Et puis nous aussi avons retrouvé une vie plus « normale ».

LF : quel regard portent les gens de la rue sur votre famille un peu « particulière » ?

Les gens qui nous sont proches nous tirent leur chapeau, les autres nous regardent un peu comme des extraterrestres ou nous plaignent… Allez donc savoir pourquoi ? Ils n’ont rien compris !

LF : et comment imagine-t-on l’adolescence de 3 garçons concomitamment quand on est une maman ?

Alors là ! je vis toujours un peu au jour le jour. Cela m’aura permis de moins stresser et de profiter de tout en temps réel, alors l’adolescence, honnêtement je n’y pense pas encore. Il sera bien temps d’affronter les problèmes lorsqu’ils arriveront ! Mais bien évidemment on espère que cela ne sera pas trop dur…

LF : à votre avis, seront-ils des adultes différents du fait de cette fratrie multiple ?

Je crois en un lien inébranlable qui lie les jumeaux ou triplés. Les miens sont très solidaires et bien malheureux lorsqu’ils ne sont pas ensemble ! Mais ensemble, ils ne pensent qu’à se chamailler comme tous les frères et soeurs ! ;)

LF : quelque chose à ajouter ?

Nous vivons une vie « extraordinaire » mais nous sommes les plus heureux des parents !

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15 commentaires

  1. Bravo à Camille. Je suis admirative devant autant de réalisme et de bonheur assumé ;-)

  2. MON DIEU ! que cette femme est vaillante …

  3. Ce récit est magnifique!!! Bravo à la maman!!!

  4. pour avoir suivi un parcour PMA je suis tjrs très admiratives des parents qui ont malheureusement du affronter toutes ces épreuves . Quel chemin pour avoir un BB, et merci à la science qui nous permet d’être parents .
    Bravo ! félicitation ! un enfant c’est merveilleux alors 3 ;-)

  5. pour avoir suivi un parcour PMA je suis tjrs très admiratives des parents qui ont malheureusement du affronter toutes ces épreuves . Quel chemin pour avoir un BB, et merci à la science qui nous permet d’être parents .
    Bravo ! félicitation ! un enfant c’est merveilleux alors 3 ;-)

  6. Faustine

    quelle belle histoire ! Moi aussi maman grâce à une PMA… et à des médecins merveilleux.
    J’aurais aimé avoir des jumeaux (ou des triplés, quitte à !!), mais j’ai déjà beaucoup de chance d’avoir eu un enfant. Je t’envie Camille, et sans minimiser les difficultés liées à des triplés, je te comprends de voir surtout les aspects positifs!

  7. Val

    Merci!!!
    Je souhaite une belle vie à cette petite famille:-)

  8. Un très beau récit, émouvant, et quelle famille bluffante! Cela permet de bien relativiser les petits tracas avec un seul petiot!

  9. Marie

    Quel beau témoignage ! Maman de 3 enfants, mais pas de triplés, j’imagine très bien les premières années et je vous tire mon chapeau ! Bravo pour tout et bravo pour ce post qui m’a mis les larmes aux yeux ;-D ! Profitez bien d’eux, ça doit être chouette de vous connaître !

  10. Merci pour ce beau témoignage ! Moi j’ai des jumeaux de 2 ans et demi, j’essaye souvent d’imaginer s’il y en avait un de plus ! Je vois Stéphie et ses 3 cacahuètes et je trouve qu’ils forment une bien belle famille. bravo en tout cas.

    Je réalise aussi des vêtements coordonnés pour jumeaux, triplés ou frères et soeur parce que  » Par2cmieux  » et Par 3 c’est encore mieux !

  11. delphine

    Voilà un magnifique témoignage de réussite en pma.
    Moi-même maman d’1 petite fille par fiv après 2ans1/2 d’attente, gt prête à avoir une grossesse multiple. Le parcours est tellement dur…. 1 seul des deux embryons a tenu. Mais nous perseverons puisque pour le deuz nous allons replacer deux embryons!
    Le désir de maternité est le plus fort dans ce genre de parcours.
    Chapeau pour les triplés, et beaucoup de bonheur a vous cinq!
    Biz

  12. Article tres interessant, continuez comme ca, c chouette les temoignages de parents !

  13. palomina

    Merci pour ce témoignage touchant! Surprenant ici. J’étais simplement en recherche de jolies idées déco et bricolages et voilà que je me prends cette dose de « vraie vie ». Je vis moi-même un parcours PMA et pour ma part le plus dur (hormis évidemment le manque d’enfant) c’est l’isolement qu’il provoque. Isolement parfois des proches (qui ne comprennent pas ce que l’on vit) et aussi et surtout de la société. Quand on n’a pas d’enfant on se sent et on est vus comme différents… Alors en tombant sur ce témoignage, pendant un instant j’ai eu l’impression que l’on pouvait parler de la PMA naturellement et réellement. Alors merci encore.

  14. palomina

    Merci pour ce témoignage touchant! Surprenant ici. J’étais simplement en recherche de jolies idées déco et bricolages et voilà que je me prends cette dose de « vraie vie ». Je vis moi-même un parcours PMA et pour ma part le plus dur (hormis évidemment le manque d’enfant) c’est l’isolement qu’il provoque. Isolement parfois des proches (qui ne comprennent pas ce que l’on vit) et aussi et surtout de la société. Quand on n’a pas d’enfant on se sent et on est vus comme différents… Alors en tombant sur ce témoignage, pendant un instant j’ai eu l’impression que l’on pouvait parler de la PMA naturellement et réellement « avec tout le monde ». Alors merci encore.

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