La jalousie entre frères et soeurs


L’arrivée d’un autre enfant dans la famille constitue bien souvent une des premières et principales sources de jalousie entre frères et soeurs. Nous qui rêvions d’une famille unie et sereine avec des enfants qui s’entendent comme larrons en foire, on réalise très vite que l’on est bien loin de ça.

Issu du même ventre, le petit frère ou la petite soeur apparaît à la fois comme un double et comme un être très différent, concurrent. Pas facile pour un enfant de partager son papa et sa maman avec un petit qui vient se taper l’incruste et monopoliser ceux qui n’avaient que d’yeux pour leur premier né.

« Maman, pourquoi tu préfères mon petit frère ?« , « Et pourquoi, lui, il a le droit de regarder la télé le soir et pas moi ? » pour conclure par l’inévitable  » De toute façon, c’est le préféré, c’est votre chouchou à papa et à toi !« .

Les liens qui tissent la fratrie se composent de complicité, d’amour mais aussi de beaucoup de rivalité et de jalousie et tout cela est intimement mêlé. Le psychanalyste Marcel Rufo définit ainsi la jalousie dans la fratrie comme une « maladie d’amour ».

Amour peut-être ! Mais subir les crises des enfants entre eux au quotidien se révèle difficile à supporter nerveusement pour les parents.

Pour faire face aux crises de jalousie, Marcel Rufo conseille aux parents de dire « on a compris que tu es jaloux » et d’avoir des temps affectifs pour chacun et de manière unique.

Le fameux « je vous aime de la même façon » censé remettre définitivement les pendules à l’heure est souvent peu compréhensible pour les enfants et contraire à la réalité : on n’aime pas ses enfants de la même façon et heureusement ! On s’en occupe différemment pour s’adapter à leur personnalité, à leurs attentes, à leurs besoins. Aimer différemment, ce n’est pas aimer plus ou moins, c’est aimer plus juste, au plus près de son enfant. Il s’agit ainsi de lui donner confiance en lui et en ses capacités.

Mais pour les enfants, la jalousie, ça a du bon ? La jalousie se révèle être plutôt saine en fin de compte. Elle permet aux enfants de s’individualiser, de se construire et de se socialiser. D’après nombre de pédopsychiatres, chaque enfant s’autonomise grâce à la jalousie. En se chamaillant, les enfants testent leurs limites, s’endurcissent et surtout font le deuil de la toute-puissance de l’enfant roi en intégrant ce qu’est réellement l’altérité.

Bien sûr, la jalousie peut se révéler néfaste si elle est à l’origine de souffrance et d’isolement pour l’enfant pour qui la « compétition » avec les frères et soeurs se révèle compliquée à vivre et qui peut se sentir aussi « mal aimé » par ses parents. Ainsi, certaines rivalités d’enfants perdurent et se retrouvent de façon très présentes et pesantes dans certaines familles, pourtant les enfants devenus adultes. Apparaissent alors au grand jour des rivalités enfouies.

Aux parents de veiller à rassurer leurs enfants de leur amour envers eux.


Et chez vous, comment se manifeste la jalousie entre vos enfants ? Et comment la gérez-vous ?

Et pour approfondir la question, quelques lectures :
- pour les adultes :
Frères et sœurs, une maladie d’amour, Marcel Rufo, Lgf
Relations frères-sœurs,  du conflit à la rencontre, Catherine Dumonteil-Kremer, Jouvence
Jalousies et rivalités entre frères et soeurs, Adèle Faber et Elaine Mazlish, Stock
- pour les enfants :
Jaloux, pas jaloux, Catherine Dolto, Gallimard jeunesse
Max est jaloux, Dominique de Saint Mars et Serge Bloch, Calligram
Jaloux comme un doudou, Pénélope Jossen, Ecole des loisirs

* photos de Franck Juery issues d’ici

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17 commentaires

  1. Pour le grand, le fait de s’accaparer tous les jouets, de ne rien partager avec sa petite soeur, de lui faire mal parfois en la frappant ou en la pinçant, de ne pas me laisser me mettre entre eux d’eus mais à cpoté de lui dans le lit. Pour la petite, le fait de crier dès que je je fais des câlins avec le grand, de le frapper quand il s’approche de nous, de lui dire de lui faire la place sur les genoux de maman.
    J’essaie de les prendre ensemble et de leur parler ensemble aussi souvent que possible mais de réserver des moments seuls avec l’un ou l’autre de temps en temps. Pour les jouets, les livres et les habits, autant que faire se peut, quand j’en achète pour l’un, j’en achète aussi pour l’autre (mais toujours des genres différents pour qu’ils sachent qu’ils sont différents).

  2. Reb

    J’attends un bébé qui sera parmi nous d’ici 1mois 1/2 .
    Depuis que mon ventre s’est arrondie et que nous avons expliqué à miss S ce qui se passait elle ne me lâche plus, ne dort plus dans sa chambre berf elle est jalouse avant même que le bébé soit là .
    J’espere que les choses vont s’ameliorer très vite car cela deviens difficile à vivre. En dormant dans notre chambre elle nous empeche d’avoir un minimum d’intimité dans notre couple . Je sais qu’elle à peur de l’abandon pourtant je la rassure , fait un max d’activité avec elle …
    En tout cas merci pour cette article .
    Bonne journée . bisous,bisous

    • céline

      Ce que tu vis, me rappelle ce que j’ai vécu l’an dernier. Mon fils à l’époque pas encore 3 ans, se levait souvent en début de soirée et nous espionnait derrière la porte qd on regardait un dvd, nous réclamait bcp de câlins.
      Il savait que bébé allait bientôt arriver. On l’a rassuré comme on a pu, mais surtout il ne faut pas oublier de lui dire que Maman sera absente quelques jours à la maternité, mais aussi de l’avertir lorsque vous partez pour l’accouchement. Nous avons réveillé notre fils à 5h30 pour lui dire qu’on partait à la maternité, que bébé allait peut être arriver, et que c’était mamie qui allait s’occupait de lui (il était à moitié endormi ). C’était les conseils de la crèche, car il est vrai qu’on ne pensait qu’au bébé mais pas à moi, à mon absence, à notre départ de dernière minute.
      Lorsque bébé est né, le gd frère l’a regardé de loin, on n’a pas insisté et au 3ème jour seulement il est venu le prendre ds ses bras. Et ensuite pendant 3 semaines, il a été « pénible » cherchant notre attention, à la maison ou à la crèche par de petites bêtises et ensuite tout est rentré ds l’ordre.
      Gd frère à 3 ans et bébé 7 mois, et c’est beau cette complicité, ces petits chamailleries.

    • Lait Fraise

      Quand bébé est là, l’enfant sait plus exactement à quoi s’en tenir. Avant, il sent qu’il va se passer quelque chose sans percevoir très bien quoi et ça n’est pas pour le rassurer. Ca ira sans doute mieux après. Du moins, je vous le souhaite.

  3. chez moi, ça pince, ça mord, ça tape dès que les grands ont le dos tourné..
    et c’est le petit qui tyranise son grand frère, qui lui, hurle, chouine, se sauve en courant et l’autre le suit, avec un sourire machiavélique genre « je t’aurais, toi, je t’aurais, tu trépasseras et je resterai seul roi en mon royaume !! »

    ils m’usent !!

  4. le sentiment de jalousie, né d’une frustration non? et la frustration fait grandir… moi je m’en suis inquiété, et puis j’ai lu Ruffo… mon Dieu vivant ! maintenant, comme tu le dis si bien isa, je fais attention à chacun des deux, j’en ai parlé, je trouve que ça va mieux. Merci pour cet article !

  5. de très bons conseils pour l’avenir! Merci
    Je me permets d’ajouter un autre livre pour enfant à petit prix : « Petit Lapin Blanc est jaloux » aux éditions Gautier-Languereau.

  6. Peut-être parce que nous avons commencé la famille avec des jumeaux, ou peut-être parce que c’est leurs gênes (grâce à leur Papa en or), mais je n’ai jamais eu trop de heurts ici, enfin par rapport à ce que j’ai vécu enfant (nous étions 3), je trouve que c’est bien calme.. pourvu que cela dure jusqu’à l’âge adulte ;)

    et donc en livre vraiment joli et sur le sujet : Vous êtes tous mes préférés de Sam McBratney, devenu un classique ;)

    • Lait Fraise

      Merci Sophie pour la référence. N’hésitez pas si vous en avez chez vous à me dire ce que vous en pensez.
      Et profitez :) Tellement rare l’absence de rivalités entre les enfants. Les miens ont très peu d’écart (« presque jumeaux » comme ils disent) mais sont beaucoup dans la confrontation et c’est venu très vite.

  7. Ping : LA JALOUSIE ENTRE FRERES ET SOEURS « DailyKids

  8. Il y a un très chouette album chez Pastel, Vous êtes tous mes préférés qui est très bien dans l’idée que chaque enfant est différent et aimé (aussi) pour cette différence par ses parents.

  9. cath

    Les nôtres ont 10ans 1/2 et 7 ans; un frère et une soeur. Je me souviens que quand mon fils avait 3 ans et sa soeur 2 mois, il m’a écouté lui parler, de cette voix douce et apaisante qu’on a avec les bébés. j’ai vu son visage se décomposer littéralement, puis il s’est effondré dans la pièce, terrassé par l’immense vague de jalousie qui l’avait submergé. Après discussion (« pourquoi tu ne me parles pas comme ça à moi? ») il a parfaitement compris cette différence de traitement et le lendemain matin, il s’est écrié: « maman, j’ai bien compris et tu sais je ne suis plus jaloux de ma petite soeur, maintenant si tu veux, je veux bien un autre petit frère! » De fait, il est très peu jaloux, mais c’est en fait sa jeune soeur qui l’est de lui… oui, les deuxième sont souvent jaloux de ce premier qui prend tant de place, qui sait faire tant de choses, qui a passé le stade des bêtises et ne semble jamais se faire gronder… Si en plus comme chez nous il dessine super bien et court vite, alors pffff! Mais je pense qu’ils s’entendront bien (je veux dire vraiment bien) plus tard car ils sont souvent complices.
    La jalousie de mon ainée cependant n’est jamais passée pour elle, et à l’âge adulte, elle se pose encore en rivale. c’est décourageant et épuisant, surtout si ça se manifeste par enfants interposés. C’est donc une « maladie d’amour’ incurable chez certains et qui disparait avec l’âge chez d’autre.
    Merci pour cet article!

  10. karine_

    La jalousie? C’est pas entre mes deux filles que je la connais, elles ont onze ans de différence… c’est surement pour ça ;-)
    Par contre, j’ai un frère qui est plus jeune que moi (31 mois de différence) très jaloux de ma vie : je suis mariée, ai deux enfants, une maison, une relation très saine avec nos parents, j’aime ce que j’ai construit…. il a refait sa vie après plusieurs ruptures et un enfant, vit en HLM , une relation compliquée avec nos parents…
    Je pense que nos choix de vie résulte de notre éducation, il a été le « préféré », ou plutôt celui à qui on accordait tout, je devais être comme mes parents le souhaitaient (le mythe du premier enfant).
    Tout ça pour dire que ce n’est pas facile de gérer cette jalousie et de prendre les bonnes décisions, on essaie de ne pas faire de différence, on cherche à aimer nos enfants de la même façon, mais ils arrivent à des moments différents dans nos vies : un premier enfant ne génère pas les mêmes angoisses qu’un deuxième…
    D’ailleurs Nicole Prieur dans « Petits règlements de compte en famille » analyse très bien ce qui se joue au niveau de la fratrie face à la jalousie

  11. Oulalala ! Le sujet du moment qui me fait vraiment peur.
    Je ne sais pas comment je vais réussir à le gérer (mon baby boy doit bientôt arriver) !
    Pour ma part ce n’est pas fille mais ma belle fille, qui vit avec nous en alternance, qu’elle est la bonne attitude à avoir ??
    Peut être que quelqu’un est dans le même cas que moi ?
    En tout cas merci pour ce sujet !

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