Comment leur parler de la mort ?

« Maman, il est où son papa à Mamita (grand-mère) ? » (B., 4 ans)
« Il est mort, chéri »
« Il a été tué dans la forêt par un chasseur ? »


« Euh non, pourquoi ? »
« Et bien, comme la maman de Babar ! »
« Non, il était vieux et malade »
« Mais il est pas allé chez le médecin ? »
« Si, mais c’était une maladie très grave et le médecin ne pouvait pas le guérir »
« Ah … Et il est où maintenant ?»
« Il est au cimetière et il est dans nos cœurs, surtout »
[Pause déjeuner festive ... et alors que je lui tends son dessert ...]
« Et moi aussi, je vais mourir un jour ? »
[...]
« Et bien tu sais, tout le monde va mourir un jour, chéri, mais en général on meurt quand on est très vieux …»

Je ne suis pas préparée à toutes ces questions qui surgissent d’un seul coup ! Comment trouver les mots justes pour lui dire les choses sans pour autant le choquer ? Il est petit et me semble encore si fragile et ses questions me mettent mal à l’aise, je l’avoue.

Envie de le protéger de cette triste et dure réalité que représente la mort mais ne pas lui répondre ou lui raconter des histoires (le voyage, le sommeil, les étoiles …) ne risque-t-il pas plus de l’insécuriser qu’autre chose ?

Et puis, il est en demande d’explications. Il a besoin de réponses vraies.

Alors, j’ai essayé d’aborder le sujet avec des mots clairs, précis et les plus « simples » possible même si le sujet est loin d’être simple et logique … et nous dépasse bien souvent nous aussi, les adultes. Un sujet délicat qui soulève tant de questions et parfois tant d’angoisse.

Mais l’important ne consiste-t-il pas précisément à  le rassurer ? Alors, je lui ai demandé ce qu’il pensait des explications que je lui donnais. Tenter de le sécuriser afin d’éviter, dans la mesure du possible, les peurs.

L’accompagner dans sa réflexion avec des mots de parents mais aussi des livres comme supports de paroles, qu’il s’agisse de répondre à ses interrogations sur la mort dans l’absolu ou à l’accompagner dans son chagrin s’il y est confronté avec la mort d’un proche.

Il en existe de nombreux livres très bien faits qui peuvent venir compléter nos explications et susciter des échanges avec nos enfants :
- « Jojo la mache », Olivier Douzou, Editions du Rouergue
- « Couleur Chagrin », Elisabeth Brami, Ed. Gautier-Languereau
- « L’enterrement », Christine Naumann-Villemin, Ed. Kaléidoscope
- « A quoi ça sert de vivre si on meurt à la fin ? », Emmanuelle Piquet, Ed. Sarbacane

Et vous, vous avez été confrontées à ce type de questionnement avec vos enfants ?
Comment avez-vous réagi ? et eux ?

* crédit photo : Hello Summer par Sring Valeria découverte ici

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19 commentaires

  1. pas facile en effet.
    en feuilletant les albums de famille, il y a une photo de mon grand-père et mon bonhomme me dit : ha c’est une photo de Pépé quand il était presque mort…
    ça m’a fait un gros pincement au coeur, cette sorte d’indifférence.
    cette idée qu’il faille quitter le monde un jour est plutôt bien assimilée par notre grand, cela va avec l’association de la vieillesse, du corps qui se dégrade…

  2. C’est un sujet assez délicat à aborder avec son bouchon. Je ne sais pas vraiment encore ce que je lui répondrais, quand ma Louise sera en âge de me poser ce genre de questions, mais c’est vrai que c’est bien d’y être préparé ; et comme toi, je ne pense pas que leur raconter des histoires (dodo, étoile, etc…) soit la solution. Cependant, il faut trouver les mots justes et rassurants. Pas facile facile.

    • Lait Fraise

      pas simple en effet mais je pense qu’il faut en effet attendre leurs questions et ne pas les devancer (sauf bien sûr si on est confronté au décès d’un proche)
      souvent, les premières questions arrivent avec les morts d’animaux (chez nous, avec un escargot)

  3. Quand ma grand-mère est morte on a du aborder le sujet. Ensuite, il y a eu le chien de mes parents puis le bébé d’une amie… Bref, les occasions n’ont pas manqué.
    Selon l’âge j’ai remarqué qu’à un moment ils pensent que la mort est réversible après ils comprennent que non.
    Mais ce qui les rassure, c’est de penser qu’il y a un après la mort.
    Sans cela, je pense que c’est nettement moins simple.

    • Lait Fraise

      oui, effectivement, si on vit la mort comme une fin et juste comme cela, c’est nettement plus compliqué

  4. ACM

    A la question : « Où va t-on après la mort ? »
    On peut aussi passer par l’explication des religions et de la différentes pour chaque civilisation. Comme on ne sait pas, chaque personne à ses propres croyances pour faire face à l’inconnu. C’est une autre approche de la question.

    • Lait Fraise

      oui bien sûr
      à mon sens, ça vient dans un second temps mais souvent, l’enfant a besoin dans un premier temps de réponses très concrètes (du moins, c’est ce que j’ai pu observer avec les miens)

  5. je ne crois pas que leur parler d’étoiles c’est leur mentir. Ma fille a 4 ans et a abordé le sujet très tôt; elle a découvert (mais comment??) qu’on était enterré (et m’a même déjà parlé d’asticots!), et je n’ai rien démenti, on se promène même parfois ds les cimetières (pkoi en faire un endroit glauque?), j’ai juste insisté sur le fait que la personne était avant tout dans notre cœur et nos souvenirs, et qu’elle veillait sur nous depuis les étoiles. C’est rassurant de savoir que la personne est au-dessus de nous, pour nous encourager!
    Ça me fait penser qu’il y a une maman ici qui a perdu son fils, et une autre maman a imaginé une histoire pour raconter le départ de cet enfant à son propre enfant, elle est très jolie et bien imagée… elle est là:
    http://caminathan.canalblog.com/archives/2011/11/11/22649755.html

    • Lait Fraise

      effectivement, ce n’est pas leur mentir mais personnellement ça me semble insuffisant (c’est ce que je voulais dire)
      pas toujours facile de s’exprimer par écrit ;)
      je connais ce très beau texte et je connais aussi personnellement camille et je sais que ce texte l’a beaucoup touchée

  6. Il y a aussi La découverte de Petit Bond sur le sujet (Au revoir Blaireau est vraiment magnifique… mais poignant à lire…)
    La mort a inquiété les nôtres plutôt à l’âge de raison, je me souviens avoir rassuré ma 3ème sur le fait que je puisse mourir en lui montrant que j’avais encore ma maman qui avait encore la sienne (alors), cela l’avait apaisée, même si bien sûr, on peut mourir à tout âge…
    Ensuite, lorsque ma grand-mère est morte, j’ai beaucoup pleuré ce midi là à table (même si c’était dans l’ordre des choses, 96 ans, même si savais depuis 3 jours que c’était la fin, il y a besoin d’ouvrir les vannes et inutile de s’en cacher des enfants), cela l’a inquiété de nouveau « Alors, Grand-Mère est triste ? » et comme nous sommes pratiquants, je lui ai fait cette réponse qui l’a beaucoup apaisée : « non, moi je suis triste car je ne la verrais plus en vrai, mais elle, elle est près de Dieu à présent, elle est très heureuse, et puis elle reste dans nos coeurs »

  7. Anne

    Nos enfants en parle souvent, surtout mon grand qui aura bientôt 6 ans, la question l’a touché de très près puisqu’il a perdu en 2010 ses 2 tontons, le frère de mon mari qui s’est suicidé et de mon côté son oncle mort d’un cancer foudroyant en 3 semaines, 2 ans seulement après sa femme laissant leur petit garçon de 10 ans orphelin de père et de mère! du coup la question revient souvent et on a dû le faire suivre pour qu’il comprenne que la mort arrive la plupart du temps très vieux!!! la psy nous a dit qu’à son âge il fallait seulement être le plus rassurant possible, ne pas évoquer le suicide autrement que comme étant une très grave maladie et distinguer également les niveau de gravité d’une maladie pour expliquer qu’on peut aussi en réchapper!
    aujourd’hui je ne pense pas qu’il soit plus que ça angoissé!

  8. Un site suisse : http://www.leciel.ch/
    religieux mais ouvert et poétique !
    Anne

  9. Il existe trois autres livres très bien faits pour traiter de ce sujet :
    Petit lapin Hopla, d’Ezbiéta (ça parle de toutes les petites choses que les animaux de la forêt vont faire pour dire adieu à leur ami le lapin)
    Quartier d’orange de Françoise Legendre (de l’importance du souvenir et de ce qui peut nous garder un lien avec les personnes qui ont disparues)
    Ecoute les voix de la terre (un album magnifique pour les enfants de plus de 6 ans, il parle aussi de l’importance du souvenir pour faire son deuil)

  10. Confrontée moi aussi à des questions insistantes et troublantes de mon grand de 6 ans suite à 2 décès dans la famille qui m’ont beaucoup affectée, j’ai eu l’occasion de lire « Parler de la mort » de Françoise Dolto. Elle y parle de son expérience personnelle face aux questions de ses propres enfants. Elle explique que la personne décédée (quelquefois son âge) a « fini de vivre ». Je vous conseille vivement la lecture de ce tout petit livret.

  11. Bonjour,
    Je parle depuis toujours de la mort avec mon fils de six ans qui a perdu sa maman très tôt et j’ai constaté que la réponse la plus simple est toujours la meilleure. Elle est souvent suffisante pour lui, même si elle ne l’est pas pour moi. Cela donne cette impression de distance qu’évoque Cecy dans son commentaire. Elle est assez déroutante mais finalement logique. Quand il demande « Pourquoi la dame elle est grosse ? » (crié à plein poumons dans le bus, sinon ce n’est pas drôle), il ne demande pas un cours sur l’obésité, la génétique ou la reproduction humaine.
    Il faut répondre à la question ; c’est important, mais simplement. « Parce qu’elle avait fini de vivre » peut être suffisant.
    S’il insiste, bien entendu, j’aime bien le petit livre de Catherine Dolto qui aide les parents à trouver leurs mots. Merci pour la bibliographie ; je vais regarder ça de très prés.

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