Même pas peur ?!

A priori, rien de plus redoutable que l’histoire du petit Poucet qui se fait abandonner par ses parents miséreux dans la forêt ou celle des trois petits cochons pourchassés par le loup ? Et que penser de Cendrillon tellement mal aimée et rejetée par sa propre famille ?

Alors pourquoi persévérer et continuer de génération en génération à  raconter ces contes à nos enfants ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord, les contes de fées ne traumatisent pas leurs jeunes lecteurs mais répondent de façon précise et irréfutable à leurs angoisses en les informant des épreuves à venir et des efforts à accomplir.

Les contes de fées reprennent une à une les terreurs enfantines « classiques »: l’abandon chez le petit Poucet, la mort d’un parent dans Blanche-Neige, la peur de l’autre pour le petit Chaperon Rouge, la jalousie fraternelle chez Cendrillon, la violation de son intimité avec Boucle d’Or … Ils parlent des cruautés de la vie et des luttes intérieures en leur donnant une forme tangible qui les rend moins effrayantes.

Il sont le reflet imagé de nos rêves et de nos angoisses : la peur d’être abandonné, celle de la mort …Ils parlent aux enfants de leurs angoisses et leur permettent de mieux les affronter et ont aussi bien souvent un petit côté très moralisant : la paresse dans les trois petits cochons.


L’enfant a une vision très simplifiée du monde qu’il appréhende de façon dichotomique : le bien/le mal, les gentils/les méchants.

Le conte parle le même langage en utilisant les mêmes clivages pour aller à l’essentiel avec une petite dose de merveilleux impose une juste distance. Le conte offre ainsi à l’enfant une représentation symbolique de sa vie intérieure.

Et oui, même petits, nos enfants ont une vie intérieure riche. Dès leur plus jeune age, les enfants traversent de nombreuses épreuves et peuvent être amenés à affronter de nombreuses angoisses.


Alors comment réagir quand on est parents ? Essayer de préserver l’enfant de ce qui le trouble et ne lui présenter que l’aspect positif et édulcoré des choses ? Ou au contraire, le confronter à ses angoisses ?

Loin de l’apaiser, ne pas répondre à ses questionnements renforce ses inquiétudes. Et en cela, les contes vont l’aider en lui parlant de la vie, en l’encourageant à s’y aventurer et en lui offrant des solutions toujours positives et morales (les fins sont toujours heureuses et préservent le bon ordre des choses).


Mais il semble important d’accompagner les émotions ressenties par l’enfant à la lecture du conte et de ne pas lui livrer de façon brute. Sinon, les enfants resteront livrés à eux-mêmes face aux contes avec des interrogations qui pourraient les déstabiliser.

La lecture des contes traditionnels constituerait donc une étape essentielle dans la maturation psychologique de nos petits. Conscients de cela, on ne les lit plus avec la même innocence …

Et si le sujet vous intéresse, quelques conseils de lecture :
- « Psychanalyse des contes de fées » de Bruno Bettelheim  » évidemment !
- « L’éveil par le conte » de Jean-Claude Renoux
- « L’interprétation des contes de fées » de Marie-Louise von Franz
- « Les modèles archétypes dans les contes de fées » de Marie-Louise von Franz
- « L’ombre et le mal dans les contes de fées » de Marie-Louise von Franz

*** pour les résultats du concours, c’est mercredi ! ***

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36 commentaires

  1. Comme mon petit loulou commence à apprécier les histoires un peu plus longues…(que les sempiternels petit ours brun et tchoupi…hum…), je vais essayer d’introduire les contes de notre enfance ! Et puis d’une certaine manière c’est un peu transgénérationnelle ces histoires ! Bon j’avoue que le petit poucet me donne une peur bleue ;)…c’était ma grand-mère qui me lisait ces contes !

    • Lait Fraise

      Le Petit Poucet est effectivement un conte assez terrible. Mais le pire, celui qui me faisait le plus peur petite, c’était Hansel et Gretel …

  2. Daphne

    Tres interessant et pertinent ce post! Une de mes amies qui est pedopsychologue utilise depuis qq annees deja la therapie par le conte; et j’ai assiste une fois a une de ses conferences qui rejoignait tout a fait le contenu de cet article.
    Longue vie a Lait fraise !

  3. Effectivement les contes ont un vrai rôle à jouer auprès des petits et ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’ils parcourent les générations.
    ***Vivement mercredi !***

  4. J’ai lu, il y a longtemps (j’étais ado, c’est pour dire !), la « Psychanalyse des contes de fées » de Bruno Bettelheim que tu cites comme référence : c’est vraiment intéressant.
    Le tout est de trouver le bon age pour aborder chaque problématique (lequel dépend aussi de chaque enfant) car certaines peuvent être anxiogène si elles sont abordées trop tôt.
    Merci pour cet article … je vais relire Bettelheim maintenant que je suis « une grande personne ».

  5. Les enfants sont souvent étonnés d’entendre que le « Petit Chaperon rouge » de Perrault, est mangée et ne « ressort » pas du ventre du loup. Pareil pour la version traditionnelle des petits cochons, les deux premiers sont mangés par le loup. Et quand le troisième petit cochon mange à son tour le loup, il n’est pas rare que des enfants me disent « mais alors, c’est comme si il mangeait ses frères !!! ». Les enfants aiment se confronter à leur peur. Un enfant peut réclamer un livre, se mettre les mains devant les yeux pendant certains passages et redemander une nouvelle lecture… Enfin bref, tout est question d’âge, de maturité et surtout d’envie !
    Désolée pour ce laïus (bibliothécaire jeunesse je suis) mais ce billet m’a beaucoup plus ;)

    • Lait Fraise

      Et moi, c’est votre com’ qui m’a beaucoup plu : votre expérience est très intéressante. Merci

  6. Bouuuuh, faut encore que je le lise ce bouquin (psychanalyse des contes de fées), pour une future psy… lol Mais j’avoue que cet article m’a vraiment donné envie de m’y mettre ! ;)

  7. Les fins sont toujours heureuses? Va dire ça aux deux premiers petits cochons qui se font croquer, au Chaperon rouge et à sa grand mère qui subissent le même sort ou à Peau D’âne et son « gentil » papa… Non, non, les contes ne finissent bien QUE pour ceux qui se montrent les plus malins ou les plus prudents justement;)
    Il y a un essai parfait qui viens de paraitre « Laissez les lire » de G. Patte qui donne des pistes et une vision bien sentie du rapport livre/enfant/parent.
    Des bises.

    • Lait Fraise

      Oui, c’est vrai que toutes les versions ne sont pas aussi douces ;)
      Merci pour l’indication lecture, Vanessa. Je vais m’y plonger !

  8. J’adore tout ce qui se rapporte à la lecture en général, les livres jeunesses me plaisent tout particulièrement car j’ai 2 petits lecteurs qui mangent les livres comme leur mère…
    Merci pour ce billet très intéressant, et vivement MERCREDI!!!!!!!!!!!!!

  9. Justement, mon billet de vendredi sur le blog des vendredis intellos traitait du même sujet (un sujet récurrent avec moi) et j’ai les mêmes sources que toi

    http://lesvendredisintellos.com/2012/03/09/contes-pour-enfants-moche-et-mechant/

    • Lait Fraise

      Oui, je viens de lire ton billet et je vois que nos interprétations sont proches. Je trouve ce type de sujets très intéressant et j’ai bien envie d’approfondir encore la question.

  10. Aure

    Et puis à lire aussi, Pierre Péju : La petite fille perdue dans la forêt des contes.
    Parce que les contes sont aussi « juste » des contes :-)

  11. Fée des étincelles

    Chouette article! beaucoup de contes, livres, histoires abordent des thèmes qui ne sont pas forcément toujours évidents pour les petits, je pense qu’un accompagnement est indispensable sur certains thèmes et cela peut également être un grand moment de partage.

    • Lait Fraise

      Oui, c’est l’occasion de discussions et d’échanges avec les enfants.

  12. c’est vrai c’est vrai tout ça..
    le bémol hein des contes comme ça c’est le truc genre « on t’héberge si tu fais le ménage  » que j’ai trouvé dans un livre de blanche neige mdr !! La phrase n’était pas comme ça hein, mais en 2012 les nains ils passent l’spi eux aussi on est d’accord !!! ?

    • Lait Fraise

      Petits, ils adorent faire le ménage (du moins, les miens) mais paraît que malheureusement ça passe avec l’age ;)

  13. convaincue depuis mes études de prof des écoles ;)
    aussi j’apprécie de lire les véritables versions des frères Grimm, Perrault et cie ;)
    et je m’amuse avec mes élèves à lire d’autres versions, allégées, déjantées, superbement illustrées… nous nous régalons !

    • Lait Fraise

      C’est vrai qu’il y a tellement de versions et en général les premières sont très dures (et n’étaient pas d’ailleurs destinés à un public d’enfants mais plutôt d’adultes).

  14. je suis POUR les contes pour toutes ces raison…malgré mon amour pour Peau d’Ane j’ai toujours quand même du mal avec l’amour incestueux de départ…
    biz

  15. tres interessant ce billet!!

    il faut savoir aussi qu’à la base les conters de fées n’étaient pas écrit pour les enfants mais …..les adultes d’où les fins pas tres heureuses!!!!

    aujourd’hui il y a énormement de version differentes de ces classiques……le chaperon rouge meurt dans certaines adaptations et pas d’autres!

    • Lait Fraise

      C’est vrai qu’il y a de nombreuses versions et que les versions d’origine sont très dures bien souvent.

  16. stef

    Très très intéressant tout ça !
    Les contes c’est justement ce que la maîtresse de mon fils de CE2 a choisi comme thème d’éveil à la littérature.
    Elle leur montre à la fois la version originale où en effet la fin n’est pas souvent heureuse .. mais elle leur ouvre aussi la porte des contes détournés tels le petit napperon rouge, john chatterton détective … et là place à l »humour bien souvent !
    Un super travail très intéressant pour eux mais aussi pour nous les parents :)

    • Lait Fraise

      Oui, il y a un travail très riche à faire autour des contes. Un travail d’imagination aussi.

  17. merci!
    j’en connais certains qui feraient bien de lire ce brillant billet, ceux-là même qui me jugent d’un oeil torve quand je leur réponds « c’est la vie aussi, ça s’apprend, j’ai pas envie de montrer blanche neige à mes kids quand ils auront 18 ans! »
    on transfère sur nos petits des peurs et des ressentis d’adultes, alors qu’ils sont sans préjugés, sans a priori.
    Le seul mauvais souvenir que je garde de mon enfance c’est « rox et rouky » parce qu’il finit mal, le renard sauvage et le chien du chasseur se disent bye bye parce qu’ils ne pourront pas rester amis.
    bref,… je me sens un peu moins mère indigne de donner accès à « ces horreurs » à mes enfants, qui sont loin loin d’en être traumatisés.
    merci lait frais mag!!!

  18. cecy

    j’aime bien boucle d’or, il ne fait pas peur, il n’est pas horrible ce conte…

    « hoooooooooo mais quelqu’un s’est couché dans mon lit et y est encore!! » cire le petit ours !! mon passage préféré ^^

    et pour répondre à lollipop, rox et rouky il est déchirant, je l’ai revu y’a pas longtemps, même à presque 35 ans, le paquet de mouchoirs y passe ! dumbo l’éléphant aussi est dur comme dessin animé !

    mais en y repensant, rox et rouky ne m’avait pas touché tant que ça quand j’étais enfant… peut-être qu’avec des yeux d’enfants, on ne voit pas les choses de la même façon !

    merci lait fraise pour cet article :)

    • Lait Fraise

      Oui, Boucle d’Or, j’ai toujours aimé cette jolie histoire … Et que dire de Bambi ? J’ai regardé ça avec les enfants cet après-midi et j’ai dû éteindre la télé, mes deux loulous en pleurs (dès le début) !

  19. Très intéressant billet, je me sens concernée puisque je raconte moi même des histoires. En effet il ne faut pas laisser le jeune enfant seul face à certains contes, surtout ceux où il y a dévoration, le mieux est de parler avec eux après l’écoute. J’en ai fait l’expérience il n’y a pas longtemps, après avoir raconté un conte de dévoration (un « faux » petit enfant, en fait une souche animée mange tout ce qu’on lui présente, il mange sa mère, son père et tous les passants) un petit garçon est venu me dire que lui non plus il n’était pas un « vrai » enfant. Il semblait vraiment inquiet, ou du moins il se posait des questions, j’ai parlé avec lui pour « dédramatiser » l’histoire, je pense que ça l’a rassuré. Il faut faire attention toujours et toujours à ce qu’on raconte aux enfants.

    • Lait Fraise

      Merci :) Oui, il me semble important aussi d’accompagner la lecture et de choisir les contes en fonction de l’âge et de la maturité de l’enfant.

  20. Thé

    J’avais lu le billet sans faire de commentaires, je le fais ce matin.
    En effet, le conte a une grande valeur initiatique et les enfants m^me plus âgés, j’en ai été plus d’une fois témoin dans mes cours, le perçoivent très bien .
    Véritable parcours de vie avec obstacles et aides en tous genres pour les vaincre…
    Pas surprenant que ce genre parle à tous âges: chacun y prenant ce qui llui va …
    Bravo pour ce billet de vraie rélexion pour les parents !!!!

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